Dönme, par Jean Marcou

Ce mot turc qui, au sens propre veut dire « retourné » et qui par extension signifie « converti », désigne en fait les descendants des juifs séfarades ottomans qui, au XVIIème siècle, se convertirent à l’islam sous l’influence du prédicateur Sabbetaï Zevi. Se présentant comme le Messie, ce jeune juif mystique originaire d’Izmir troublera profondément par ses prêches la communauté séfarade de l’Empire au milieu du XVIIème siècle au point que le Sultan le fera arrêter et, ayant menacé de le mettre à mort, l’amènera à se convertir à l’Islam. Cette conversion divisera les disciples du sabbétaïsme, les uns choisissant de rester dans le judaïsme, les autres d’embrasser l’islam comme leur chef de file. Ce sont ces derniers véritablement que l’on appellera dömne. À la fin du XVIIIe siècle, ils étaient en particulier plusieurs milliers à Salonique issus souvent de famille très en vue et formant une communauté distincte de la communauté séfarade. Non sans susciter une certaine méfiance, ils s’intégreront progressivement dans la société musulmane de l’Empire et joueront un rôle très important dans les mouvements politiques réformateurs ottomans de la fin du XIXe siècle comme le mouvement Jeune-turc, contribuant notamment à la diffusion des idées libérales et laïcisantes occidentales en Méditerranée orientale. Aujourd’hui dispersés dans la société turque, les dömne sont en général de fervents partisans de la République, de la laïcité, de démocratie et de l’intégration européenne.

 

Dr Jean Marcou, avril 2007

Directeur des relations internationales

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